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Photo: R. Rimensberger, Copyright AMPA Switzerland

Dewoitine, ailes de légendes

Dewoitine, mais qu'est que c'est ? C'est d'abord un nom, celui d'Emile Dewoitine. C’est surtout une grande lignée d’avions performants aux traits communs : simplicité des lignes et facilité de fabrication. 

Mais revenons à Emile Dewoitine. Passionné d'aviation dès l'enfance, il entra à l'Ecole Bréguet où il opta pour la branche "Electricité", il fit ses classes dans les Ecoles d'aviation militaire en 1911, où il reçut son baptême de l'air en février. D'abord sapeur-aérostier à Satory, puis mécanicien avion à l'Ecole Blériot d'Etampes, Dewoitine participa sur biplans Farman à des raids militaires aventureux en Algérie et en Tunisie. Il fût rendu à la vie civile en février 1914 pour être remobilisé en août. Il est muté en 1915 sur le front Russo-roumain, où ses connaissances en mécanique lui firent prendre la direction de l’assemblage des avions Voisin à Odessa. Il créa sa première usine aéronautique à Sébastopol, la révolution russe le renvoyant en France. Il fut mis à la disposition des usines Latécoère à Toulouse. Ses talents d’organisateur lui permirent de diriger la fabrication de mille biplaces Salmson 2A2. Il démissionna de chez Latécoère en 1920. Il se mit a étudier un projet de monoplace de chasse D.1. En Décembre 1924 le fameux pilote d’essai Marcel Doret établit trois records mondiaux de vitesse avec cet avion. Il breveta plusieurs types de longerons. En parallèle à l’aviation militaire, il développa plusieurs avions de transport civil. En 1927, Emile Dewoitine est contraint de liquider sa société, mais put rester en selle grâce à une commande suisse : le chasseur monoplan à aile haute D.27 équipé d’un moteur V12 Hispano-Suiza de 500ch. Ces avions seront construits par la Fabrique fédérale de Thoune. Ils furent utilisés en parallèle aux Fokker D.VII largement dépassés, développés en 1918. Ce furent aussi les premiers avions des Troupes d'aviation entièrement métalliques, seul le revêtement des ailes et du gouvernail est en toile. Bref, un avion révolutionnaire, qui posa des problèmes aux pilotes de l’époque, car le moteur demandait trop d’attention, à chaque altitude et puissance, le pilote devait régler l’avance à l’allumage. Il fut alors décidé de construire une version simplifiée pour l’entraînement des pilotes, le D.26 équipé d’un moteur Hispano-Suiza 9QA de 250ch. Ce moteur est la copie sous licence du Wright qui équipait entre autre le "Spirit of St-Louis" de Lindbergh lors de sa traversée de l’Atlantique (1927). Un moteur fiable et un avion facile à piloter, c’est ce qui manquait aux pilotes de lents biplans pour le passage à une autre ère. Bien que les Dewoitine ne furent jamais utilisés en combat, ils permirent aux pilotes de se familiariser avec des monoplans rapides. Ils introduisaient les prochains chasseurs des Troupes d'aviation tels que les Messerschmitt Bf 109E et Morane-Saulnier MS406 et de nouvelles techniques de combats. 

Financièrement remis, Emile Dewoitine produisit une série de trimoteurs de transports. Il n’arrêta pourtant pas la conception d'avions militaires. En 1936, sa société fut nationalisée et devient la SNCAM. Il développa le meilleur chasseur français de la seconde guerre mondiale : le D.520. L’armistice le chassa aux Etats-Unis où il se mit à disposition des Alliés. 

Entre 1944 et 1952, Emile Dewoitine travailla en Espagne et Argentine à la conception et à la construction d’avions tels que l’IAe.27 « Pulqui », intercepteur à réaction qui resta au stade de prototype, le « Boyero » destiné aux Aéro-clubs Argentins, et l’AISA AVD-12 (D.750), concurrent du Dornier Do 25 construit par CASA pour l’Armée de l’air espagnole.

De retour en France, il fut jugé pour trahison puis acquitté en 1953. 

Il prit son envol final en 1979.

Encore deux mots sur la SNCAM : En 1936, le Gouvernement du Front Populaire décide de nationaliser les principaux constructeurs français (Caudron, Farman, Potez, Bloch, Blériot, Dewoitine et Morane-Saulnier) et de les regrouper en six sociétés : SNCAC (Centre), SNCASO (Sud-Ouest), SNCASE (Sud-Est), SNCAM (Midi), SNCAN (Nord) et SNCAO (Ouest), SNCAXX=Société Nationale de Construction Aéronautique. En 1941, ces six sociétés nationales sont réunies en deux groupes : SNCASO et SNCASE, préparant ainsi la naissance de Sud-Aviation et Nord-Aviation. En 1970, le regroupement de ces entreprises donna le groupe Aérospatiale. Cette dernière entité donna naissance à des réalisations superbes telles que la Caravelle, le Concorde, les avions Airbus, les fusées Ariane, Eurocopter…

En 1998, le 1000ème Airbus a été livré… et ça continue…

En conclusion :

Emile Dewoitine a développé quelques-uns des meilleurs avions de son époque. Il a largement influencé son temps et ses contemporains et s’il n’a pas survécu à la guerre (économiquement parlant), nombre de dessinateurs et d’ingénieurs marqués par son concept, Simplicité des Lignes et Facilité de Construction sont sortis de ses bureaux d’études. Des caractéristiques que l’on retrouve aujourd’hui dans le dynamisme des réalisations de l’Aérospatiale.

Chapeau bas, Monsieur Dewoitine !

Caractéristiques des Dewoitine D.27 et D.26

    D.27                                           D.26

Année de fabrication   1930, 1932                                1931  

Affectation                    Chasse                                       Entraînement

Moteur                            SLM Winterthur 500 ch V12 Hispano-Suiza 9Qa                                                                                                9 cyl. en étoile

Copie sous licence       Hispano-Suiza HS-57 12MB   Wright 9Qa

A l’inventaire jusqu’en  1944                                            1948

Nbre total construits      81                                               11

Envergure                       10.30 m                                     10.30 m

Longueur                           6.56 m                                       6.72 m

Hauteur                              2.78 m                                       2.78 m

Surface alaire                  17.55 m2                                   17.55 m2 

Poids max                        1414 kg                                     1068 kg

Armement                        1 mitrailleuse, lance bombe     1 mitrailleuse

Vitesse max.                     298 km/h                                    240 km/h

Autonomie                        1h45                                            3h 

Les Dewoitine D.26 et D.27 ont la même structure légère avec un fuselage semi-monocoque en aluminium. Peu d’avions sont produits avec ce procédé au début des année 30. Le Junker Ju52, par exemple, est construit en tôle ondulée et le chasseur Morane-Saulnier MS 406 a toujours une bonne partie du fuselage entoilée. La structure de la queue et des ailes est métallique, mais le revêtement est en toile. Les nervures sont constituées de tubes cintrés pour obtenir le bon profil. Une autre particularité : l’aile haute est en position parasol. Mais il n’y a pas de cabane à proprement parler comme généralement dans cette configuration, exemple le Morane-Saulnier MS 317. Seuls les haubans supportent l’aile, ce qui donne une bonne visibilité vers l’avant. Les haubans des ailes et du train d’atterrissage sont en tubes d’aluminium profilés. 

Suite à plusieurs accidents, les Troupes d’aviation ajoutèrent cette injonction catégorique au manuel de pilotage, suite à des erreurs de pilotage : « En cas de perte de l’aile, évacuer immédiatement l’habitacle ». Les amortisseurs du train d’atterrissage classique sont à sandow, de gros élastiques enroulés autour des moyeux de roues. 

Le D.26 est équipé d’un moteur en étoile plus léger que le V12 du D.27. Le bâti est donc rallongé pour équilibrer le centrage de l’avion qui est d’ailleurs plutôt centré arrière. 

Les D.27 ont été ferraillés en 1944, alors que les D.26 survivants ont été donnés aux Aéro-clubs en 1948 pour le remorquage des planeurs. 

Les Dewoitine D.2X à travers le monde

D.27    257          Statique,Musée des Troupes d’Aviation,         Dübendorf , CH

D.26    288         Statique, Musée des Transports de Lucerne,CH

D.26   282         Kermit Weeks Museum, Kissimi, Floride, USA, avec le moteur Jacobs original qui équipait cet avion unique. Celui-ci a été gravement endommagé par l’affaissement de son hangar lors d’une tornade.               Ex-immat CH : HB-RAA    Immat. US : N282DW                                        Statique

D.26   286                 Cet avion n'a revolé que depuis le second semestre 2000, après plusieurs années de restauration, il appartient au Musée des Troupes d’Aviation, Dübendorf    Immat. CH : HB-RAG

D.26                            Old Flying Machine Company, Duxford, Angleterre. moteur Pratt & Whitney. Cet avion porte les couleurs du seul et unique D.27 (D.530) français piloté par Marcel Doret. Cet avion a été modifié avec un moteur qui ne correspond pas à l’histoire de l’avion.  Beaucoup de pièces manquantes ont été remplacées par des pièces modernes. 

                                     Ex-immat CH : HB-RAC           En état de vol

D.27                            Epave « avancée » de D.26, Daniel Koblet, Bex, CH, devant être réequipée d’un moteur V12 de 500ch, une aile est manquante, le moteur est déjà révisé. 

                                  Immat. CH : HB-RAD  Projet à long terme

D.26 284 HB-RAI,     FMPA, Lausanne, actuellement le seul et unique D.26 original en état de vol. Seuls  manquent la mitrailleuse, le viseur et la boussole. Cet avion est équipé d'un moteur Hispano-Suiza en étoile.

Cet avion avait été donné à l’Aéro-club de Genève en 1948, Eric Isaac le récupéra et le restaura. Sa veuve le vendit au prix coûtant à la FMPA en 1981, contre la promesse que cet avion resterait en Suisse. Le 284 est le plus vieil avion des Troupes d’aviation encore volant et il fut le premier avion a être immatriculé comme avion historique. 

En plus de l’entretien général, nous avons effectué durant ces dernières années une série de travaux spéciaux :

1997 : hélice neuve, Hoffmann

1998 : fabrication de nouveaux pistons et honnage des cylindres Cermec Motor, révision des magnétos, MAS

1999 : révision du train d’atterrissage et fabrication de pièces du train, remplacement du pot d’échappement 

2000 : révision des magnétos

2002 : amélioration refroidissement magnétos

Pour 2003/2004 : réentoilage des gouvernes

Les moteurs Hispano-Suiza de 500ch des D.27 ont été réutilisés pour la motorisation de vedettes de l’armée. La FMPA a récupéré ces moteurs démontés avec l’aide de Philippe Joyet ; le couple plus importants de l’hélice marine ayant provoqué une usure anormale des cylindres, ces moteurs nécessiteront une remise en état ; trois groupes propulseurs devraient ainsi être reconstruits.  

A signaler encore l’excellent niveau de qualité de ces pièces d’époque, tant au niveau de la qualité de l’usinage que de leur conception. 

Le Dewoitine D.26 HB-RAI est basé à l’aérodrome de la Blécherette, Lausanne, où l’Association pour le Maintien du Patrimoine Aéronautique se fera un plaisir de vous présenter ce magnifique avion. Nos membres sont normalement présents tous les samedis de 10h00 à 12h00 et de 14h00 à 17h00, hangar 6, Blécherette.

Pour tous renseignements, prière de contacter Edouard Schubert, 021/626 25 06 ou 079/ 442 17 75. Merci.

 

Bibliographie :                  

LES AS DE L’AVIATION de Clément Ader à Charles Yeager   1987, Edition Atlas

Les avions des troupes d’aviation suisse depuis 1914               1979, Verlag Th. Gut

Emile Dewoitine, Docavia n°18                                                      1982, Editions Larivière

Site internet :     Aérospatiale- Matra   www.aeromatra.com

                              Airbus industrie         www.airbus.com

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